Scénario

A – Techniques et Propriétés du Scénario

Écrit par RACHID FEKKAK

A_ Le scénario constitue l’une des étapes les plus importantes de la fabrication d’un film.  Il raconte l’histoire d’un protagoniste (individuel ou collectif)  dans des espaces/temps déterminés. Cette histoire est constituée de 1- l’Action du protagoniste en quête d’un objet qui lui manque et 2- de l’ Intrigue qui l’oppose à ou le rapproche  d‘autres personnages dans sa quête .

C’est évidemment un Récit écrit qui diffère du roman, de la nouvelle ou du conte en ce sens qu’il est destiné à la fabrication d’une fiction pour le cinéma ou la télévision. Un scénario est donc un récit technico-littéraire destiné à être filmé, dessiné dans le cas d’une bande dessinée, joué dans un jeu de rôle, ou modélisé en 3D dans le cas d’un jeu vidéo ou d’un film d’animation. Écrit par un ou plusieurs scénaristes, il constitue la phase fondamentale du projet filmique,  phase comprenant le travail sur le pitch, le synopsis, le traitement, le découpage en séquences , appelé continuité à laquelle  seront ajoutés les dialogues.  Tout cela va permettre sa mise en production,  répartie en trois phases :  Préparation, Tournage et Post Production.

_ L’écriture spécifique du scénario se démarque de l’écriture littéraire (des autres genres du récit  que sont  la nouvelle, le roman ou le conte) par sa présentation de faits visuels et auditifs, toujours au présent, et se rapproche en cela de l’écriture théâtrale. Un scénario est censé décrire ou suggérer ce qu’on verra et entendra dans un film, ou ce qu’on lira dans une bande dessinée. En plus des dialogues, le scénario contient aussi des descriptifs (les indications visuelles et auditives), que l’on appelle des didascalies.

Cela signifie  : 1-tout d’abord que le scénario n’existe pas pour lui-même.  2-Il n’est pas destiné à devenir un “objet littéraire fini”. 3-Ses «lecteurs» spécifiques , très particuliers, se comptent sur le bout des doigts. Ce sont  le directeur artistique,  le réalisateur, le chef opérateur ou directeur de la photo,  l’ingénieur de son, le chef décorateur, les chefs costumier et maquilleur,  le régisseur général et bien sûr les acteurs et leurs coach, ainsi que les assistants des différents corps de métiers cinématographiques. Tous ces techniciens et artistes ont été préparés pour cette tâche de “lecture” spécialisée qui va leur permettre d’investir l’univers de l’énonciation filmique. Cette nouvelle modélisation, cette réécriture/ énonciation filmique du scénario dans d’autres langages de la perception et de la signification ayant pour support la spatialité, la lumière et l’ombre, les signaux chromatiques et sonores va être effectuée par ces  Enonciateurs (en plus du l’auteur) pour être enfin livrée au spectateur qui deviendra le  Co Enonciateur . Le scénario existe donc par sa dimension technique (sujet, synopsis, traitement, segmentation séquentielle, continuité, dialogues) qui est adressé comme indiqué plus haut aux autres instances de la fabrication du film , entre autres le Réalisateur.

B_ Mais surtout, il doit être lu et évalué par le Producteur.

C_ Techniquement, le processus de l’écriture d’un scénario se présente sous la forme de quatre à cinq phases/entités :

_Le sujet  : l’idée, l’argument ou en anglais, le pitch.  C’est l’idée principale du film résumée en une ou deux phrases. Le terme anglais pitch (souvent utilisé) synthétise l’histoire d’une œuvre  en une phrase, ou un petit paragraphe. Autrement dit, c’est l’argument, le ressort dramatique, ou encore l’accroche.

_Le (la) synopsis : c’est un résumé de l’histoire du film, raconté en quelques pages selon le format (court ou long) du métrage. Le synopsis peut servir à présenter un projet de scénario au producteur, au réalisateur potentiel, aux acteurs pressentis,…etc.

_Le traitement, c’est-à-dire le récit plus ou moins développé des divers épisodes qui constitueront le film. Pour un  long métrage, le traitement peut contenir une quarantaine de pages. Il s’agit de l’étape intermédiaire entre le synopsis et la continuité . Le film y est présenté de manière détaillée. En revanche, les dialogues n’y figurent pas. Sauf les répliques d’importance notoire.

_ La continuité (ou en d’autres termes, la suite séquentielle avec ou sans les dialogues)  est le développement des épisodes imaginés par le scénariste. La continuité  est la description visuelle et auditive chronologique de l’histoire. Elle décrit les séquences dans l’ordre prévu (en principe) dans le film définitif. Une norme de mise en page (plus ou moins respectée) permet le chronométrage de l’œuvre avec comme principe qu’une page équivaut à une minute de film après montage.

_ Dans la plupart des cas, les dialogues sont donnés à faire par des spécialistes du dialogue.

D_Quant au  Découpage technique  du scénario ( qui représente l’étape ultime avant le tournage  du film ), il relève de la compétence du Réalisateur qui le conçoit et le présente sous forme d’une grille de colonnes et de lignes comportant respectivement les Séquences numérotées, la technique des Intérieurs et des Extérieurs, celle de Jour ou de Nuit,  avec la Segmentation des séquences en Plans, l’Action des Personnages et finalement une colonne consacrée aux Dialogues et aux Effets Spéciaux.

_ La Séquence, qui est composée d’une ou de plusieurs scènes, est l’unité significative de base de la syntaxe du scénario. Elle donne les indices nécessaires concernant le décor, définit l’espace/temps (Intérieur Vs Extérieur & Jour Vs Nuit) dans lesquels  l’action  des personnages du récit se déroule. Elle donne également les indications nécessaires sur leur statut social et professionnel, leur psychologie, leur caractère, leur manière d’être (habillement, look…etc.)  C’est la  Séquence qui va servir tout aussi bien le dépouillement  des décors , des costumes et des accessoires (afin d’éviter toute défaillance quant à la question primordiale des  Raccords)  que le découpage en  plans qui sont les unités minimales de la syntaxe narrative du film.

E_  Gardons toujours en tête la particularité du scénario qui est tout autant  1- une Oeuvre narrative (composée d’un Avant/Etat initial  suivi de Transformations  représentées par une  Action/Quête déclenchée par un Manque  et aboutissant à un Après/Etat Final  sanctionné  par le Rétablissement du manque, d’une part et d’autre part  2- d’un Discours technico-littéraire qui doit répondre avec précision aux fameuses questions : Quoi ?  Qui ?  Où ?  Quand ? Comment?

F _ Le temps narratif

L’ordre du récit est l’ordre des faits. Il peut y avoir  Rétrospection / Flash ou Anticipation.

La durée quant à elle est le temps que dure les faits, le rythme de la narration.

On peut distinguer :

  1. l’Ellipse : Certains événements dans la narration sont passés sous silence et à ce moment on utilise une ellipse temporelle pour que le spectateur puisse se situer dans le récit. On peut supposer que les jours précédents n’ont pas été narrés.
  2. le Sommaire : on résume en quelques images (en flash ou anticipation) des événements de longue durée, le récit filmique va plus vite que l’histoire.
  3. la Scène : le temps de narration est égal au temps du récit. On raconte les événements tels qu’ils se sont passés.
  4. la Pause : le récit avance, mais l’histoire est suspendue, on omet une période de l’histoire. Exemple : lors d’une description.

G_ Les moments de la narration

On distingue au moins quatre moments différents dans la narration :

  1. Ultérieur : on raconte après ce qui s’est passé avant (Analepse) ;
  2. Antérieur : on raconte avant ce qui va se passer (prolepse ou amorce) ;
  3. Simultané : on raconte directement ce qui se passe;
  4. Intercalé : on mélange présent et passé.

H_ Le point de vue ou la focalisation

Focalisation Externe : lhistoire est racontée à travers le regard d’un narrateur extérieur à l’histoire qui n’y participe pas. – Focalisation interne : lhistoire est racontée à travers le regard d’un personnage (ou de plusieurs). – Focalisation zéro  / Point de vue omniscient : le narrateur sait tout et en sait même plus que les personnages.

Dans la majorité des cas, les 3 points de vue coexistent en alternance et s’inscrivent donc dans la focalisation variable (zéro) : la focalisation se déplace d’un personnage à un autre ou est indéterminable.

I_ Le Programme Narratif

Le Programme Narratif en sémiotique du littéraire -à développer par rapport aux spécificités du film- est constitué des : – Enoncés d’état (Sujets d’état du fait de leur jonction et de leur disjonction avec les Objets, dépositaires des valeurs) et des – Enoncé de faire (Sujets agissant, qui en opérant des jonctions avec les Objets de valeur, transforment les premiers.) Une telle transformation a l’avantage de permettre de définir chaque actant du schéma narratif à un moment donné de la narration, par l’ensemble des énoncés d’état qui le constituent.

J_ Transformations & Syntaxe Actantielle

Postulat : Pour être saisissable, tout message narratif doit pouvoir se schématiser globalement comme une unité de signification structurellement simple.

Hypothèse : Les messages narratifs sont tels que la totalité des significations qu’ils représentent apparaît comme une transformation par inversion des contenus.  Dans un monde sans loi, les valeurs sont renversées ; la restitution des valeurs rend possible le retour au règne de la loi. Ainsi, il existe un trait constant du récit : installer une relation d’antécédence logique entre le début et la fin : si le début manifeste un /manque/ alias /demande/, la fin répond à cette /demande/. D’où le moment du récit où la situation donnée à l’initial se renverse. Ce moment, souvent représenté comme une confrontation violente (= un combat), a reçu le nom d’ « épreuve ». L’épreuve représente ainsi la négation de tout ce qui avait été posé auparavant.

Le récit achevé peut se lire comme la transformation d’un état donné en son contraire. La prévisibilité de ce parcours binaire définit la cohérence particulière du récit et marque sa clôture. 

Jonction Vs Disjonction : La relation narrative primordiale est le rapport Sujet/Objet qui définit les deux principaux actants des transformations et de la syntaxe narrative.

K_ Théâtralité du Scénario 

  • Le Dialogue
  • Le jeu des acteurs
  • La construction / interprétation du personnage
  • La scénographie : image et son

L_ Exercices fondamentaux pour les comédiens : 

  • L’identité virtuelle : les cinq contraintes/repères :  1- Nom et Prénom  2- Adresse  3-Statut/Situation sociale  4-Profession  5-Projet
  • Trois mot = un récit : EspaceTempsVerbe d’action

Rachid Fekkak

 

À propos de l'auteur

RACHID FEKKAK

Acteur, Metteur en scène et Animateur d'ateliers de théâtre avec les enfants et les jeunes, pendants plus de trente années, j'ai pu vérifier l'impact de grande valeur de la pratique théâtrale vocale, corporelle, affective et cognitive sur les comportements de celui et celle qui s'y adonnent régulièrement, dans la joie du jeu, la complicité, la liberté et le respect mutuel.

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